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Quel est votre lieu préféré sur terre ?

Si je pense à la nature, mon lieu préféré est certainement la baie de Port-au-Saumon (voir prochaine question). Si je pense à la culture, je dirais que mes lieux préférés sont les chapiteaux de cirque. Le chapiteau, c'est le lieu du rêve et de l'enfance, c'est un lieu d'excentricité et de folie, de rigueur et de dépassement, de liberté et de poésie. J'aime son caractère onirique. Une fois la troupe repartie, le chapiteau disparaît aussi...

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Quel est votre rapport au maritime, votre lien avec l'horizon, l'air du large, le son des vagues ?

Entre 13 et 16 ans, j'ai été campeuse l'été dans un camp d'écologie au bord de la baie de Port-au-Saumon, dans Charlevoix. J'y pratiquais l'ornithologie. Je resterai éternellement attachée à la splendeur de cette baie, à ses marées, à l'odeur de varech, au pommier sous lequel nous nous rassemblions tous les jours. L'eau salée qui montait, puis se retirait modulait sans arrêt le paysage, à un rythme qui réconcilie le temps humain et l'infini.

 

Le camp était ouvert deux semaines aux garçons, puis deux semaines aux filles, tous les ans. Je sais que quelque chose m'unit profondément à tous ceux et celles qui l'ont fréquenté à cause de la beauté qui a fait son nid en nous au moment même où nous quittions l'enfance. Aujourd'hui, j'y retourne avec mes enfants pour partager avec eux ce lieu d'exception et les laisser s'attacher au fleuve. Dès que j'y mets les pieds ou même que je m'y imagine, quelque chose en moi s'apaise et s'élargit. 

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Quel est votre mot préféré ? Quel usage, quel sens lui préférez-vous ?

J'aime beaucoup le verbe consentir. Depuis quelques années, il renvoie clairement à la notion de consentement sexuel, ce qui est loin de me déplaire. La réflexion autour du consentement est primordiale et fait partie de mes préoccupations dans la vie quotidienne comme dans mon travail actuel d'écriture. Toutefois, ce mot a aussi une portée plus large pour moi. Je l'aime depuis toujours ou peut-être depuis que j'ai lu Camus, je ne sais pas. Il y a dans le verbe consentir une sorte d'abandon qui n'est pas abdication ni résignation, une sorte d'accord donné à ce qui est et nous dépasse. Con-sentir : sentir avec, sentir ensemble, un mot qui contient le sentiment et la rencontre avec l'autre.  

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Quel·le·s sont les auteurs et autrices qui vous accompagnent depuis longtemps ?

L'auteur qui m'a fait entrer en littérature à 18 ans est Réjean Ducharme. Pendant mes études en arts et lettres, je faisais partie de la troupe de théâtre parascolaire du cégep. Une année, notre metteuse en scène, Caroline Lavoie, nous a proposé d'adapter nous-mêmes cinq œuvres de Réjean Ducharme : L'avalée des avalés, Le nez qui voque, L'Océantume, Ines Pérée et Inat Tendu et le Cid maghané. Cette incursion dans l'univers ducharmien à la fois par l'intellect (je lisais passionnément et attentivement toutes ces œuvres, à la recherche de points de jonction et de rupture) et par les sens (la langue de Ducharme passait par nos corps et nos voix) m'a transformée davantage que tous mes cours de littérature réunis. Pour moi, l'expérience de la littérature restera liée à Ducharme.

 

Autrement, l'autrice qui me nourrit le plus et m'accompagne depuis des années est Annie Leclerc. J'ai d'abord lu Parole de femme qui m'a révélé la puissance du féminin - ma propre puissance, donc. Depuis, je continue à la lire ou à la relire (Épousailles ; Exercices de mémoire ; L'enfant, le prisonnier; Paedophilia ou l'amour des enfants), car elle a le don de remettre sans arrêt ma pensée en mouvement. Je trouve aussi en elle le courage de ne pas me détourner des questions difficiles. Elle est un peu ma mère à penser. 

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Quels livres reposent patiemment sur votre table de chevet ?

Entre autres :

Je suis célèbre dans le noir, un recueil de poésie de Frédéric Dumont ;

Faire corps, de Véronique Côté et Martine B. Côté (je viens de lire La paix des femmes) ;

Le petit banc de bois, de Jean-Pierre Issenhuth.

En général, de plus en plus d'essais…

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Quelle place occupent les librairies dans votre vie ?

Au cours des dernières années, j'ai beaucoup fréquenté les librairies avec mes trois enfants, soit pour eux-mêmes soit pour y choisir des cadeaux d'anniversaire pour leurs ami.e.s. Je suis fascinée par l'intérêt des enfants et des jeunes adolescents pour les livres. Quand est-ce que ça s'arrête? Pourquoi? Qu'advient-il de tous ces lecteurs, de toutes ces lectrices avides et enthousiastes? Donc, je les laisse fouiner et je fais des découvertes avec eux. Mes enfants savent qu'une librairie, c'est le lieu qui me donne le plus envie de dire oui…

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Chez Flottille, on aime dire de la littérature qu’elle est μεταφορά | metaphorá, qu’elle porte le sens.

C’est ce qui nous a fait naître artisan·e·s libraires. De la libraire, nous avons la passion d’admirer et comme l’artisan·e, nous déployons l'œuvre vers la communauté.

 

Nous disons aussi que cette passion nous porte à ...

◎ Lire, comme respirer, un acte vital et nécessaire.  

⏀ Réfléchir pour faire un usage fécond de la pensée et reconnaître que la vie en a été subtilement altérée.

⏂ Partager pour convoquer la poésie d’une bouteille lancée à la mer, pour laisser fuir les limites intimes de la lecture.

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Et vous ? Quel est votre rapport à la lecture, à la littérature ?

Comment définissez-vous cet acte qui vous porte à ...

◎ Lire, pour vivre encore et autrement.

⏀ Réfléchir, pour se garder toujours en mouvement.

⏂ Partager, parce qu'il n'y a pas de plus beau lieu qu'un livre pour rencontrer l'autre ni de plus beau lieu que l'autre pour rencontrer un livre (c'est sans doute la raison pour laquelle j'enseigne la littérature).

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